Etats-Unis : ICE, la police américaine anti-immigration qui « fait penser dans le principe à l’Allemagne de 1933 »

La mort de Renée Good lors d’une opération de l’ICE, la semaine passée dans le Minnesota, révèle l’étendue du pouvoir de cette agence créée en 2003 et dont les missions, effectifs et arrestations ont explosé sous l’administration Trump

L’acronyme n’évoquait pas grand-chose jusqu’à l’an dernier, lorsque cette agence a été transformée en outil du pouvoir. Et la mort de Renée Good, tuée lors d’une opération de l’Immigration and Customs Enforcement à Mineapolis la semaine dernière, a agi comme un révélateur brutal d’une question qui hante les Etats-Unis : a-t-on déjà vu, dans une démocratie libérale, une police disposer d’un pouvoir aussi étendu, aussi peu contrôlé, aussi létal ?

Créée en 2003 dans le sillage des réponses aux attentats du 11-Septembre, l’US Immigration and Customs Enforcement (ICE) devait appliquer des lois sur l’imigration et le travail tout en respectant les droits fondamentaux. Mais depuis le retour de Donald Trump au pouvoir début 2025, ses missions ont été élargies, ses effectifs doublés pour dépasser les 20.000 agents. Et ses arrestations ont explosé jusqu’à viser des zones urbaines entières, de Los Angeles à Chicago. En 2025, près de 69.000 personnes étaient détenues, et les décès en détention ont atteint un pic record depuis vingt ans, avec au moins 30 morts.

ICE crée les conditions pour la violence

« Des atrocités comme le meurtre de Renee Good par un agent de l’ICE à Minneapolis s’inscrivent dans une application cruelle et autoritaire des lois sur l’immigration de l’administration Trump, dénonce James Nolan, ancien policier du FBI et désormais sociologue à l’université de Virginie-Occidentale. C’est une nouvelle incarnation d’une stratégie politique qui commence par un mensonge, ici le danger des immigrés. La peur, combinée à des éléments comme le port de masque pour cacher l’identité des agents, crée les conditions pour la violence par et contre les autorités. »

En plus de l’aboutissement de la rhétorique guerrière de Donald Trump, Cécile Coquet-Mokoko, professeur de civilisation des Etats-Unis à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, y voit un dévoiement du système politique américain. « On assiste à une militarisation de villes américaines, alors même que le stationnement de troupes fédérales y est constitutionnellement encadré, rappelle-t-elle. C’est une vision du pouvoir fédéral qui court-circuite le Congrès et les contre-pouvoirs. »

Elle souligne un point central : l’absence de contrôle indépendant. « Il y a des contre-pouvoirs à la police dans les Etats, mais pas d’instance fédérale qui serait un équivalent à l’IGPN, relève Cécile Coquet-Mokoko. Par ailleurs, plusieurs médias américains font état d’objectifs chiffrés d’arrestations et d’un recrutement accéléré. Certains ont alerté sur la baisse des standards, voire sur la présence d’agents avec un casier judiciaire, comme le montre un journaliste de Slate qui a essayé de se faire recruter.

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