«Christy and His Brother», accueil plein d’écueils
Le premier film Brendan Canty met en scène un orphelin au passé tumultueux de retour à Cork chez son frère, où il tente de se faire une place entre deux pétages de plombs.

Christy débarque chez son frangin Shane après avoir été viré de sa famille d’accueil. (Pyramide Films)
Cork, dans le sud de l’Irlande.
Viré de sa famille d’accueil à cause de son comportement ombrageux, Christy l’orphelin, avec son pendentif au crucifix autour du cou pour lui rappeler que sa mère (morte) l’a ainsi prénommé, revient dans sa ville natale, logeant chez son frère le temps de voir venir et de fêter sa prochaine majorité. Intrus parmi les siens, chez soi où il est de retour tel un fils prodigue effacé, incertain, en transit, à travers Christy on fait connaissance avec Shane son frangin, son épouse Stacey, leur enfant, avec toute une communauté dont le cinéaste Brendan Canty est issu. La placidité de Christy, la résistance à sa nature et à sa réputation de violence, font de ce premier long métrage un arrière-petit-cousin modeste à l’Homme tranquille de John Ford, en ce que, comme Ford, Canty élargit son champ de la figure principale, le jeune homme intranquille dont chacun guette le prochain pétage de plombs, à l’ensemble d’une communauté approchée avec une tendresse familière.
Des bouilles, des tronches et des gueules,
des haircuts et l’apprenti coiffeur, beaucoup de doigts d’honneur. Des clopes, des bières sifflées, des barbecues-karaoké, des fêtes et des feux. Des zones ouvrières, et les friches qui jouxtent aux ciels chargés et bas, où prendre du bon temps, faire des feux de camp, farniente, embrouilles familiales, sens du collectif. Christy cède malgré lui à la bagarre et se retrouve l’œil au beurre noir, les phalanges douloureuses rougies des gnons qu’il a donnés. Ses oreilles sont en chou-fleur. De l’œil noir au bleu du ciel, ce premier film se transforme alors à mesure que les yeux de Christy tournent, de l’azur délavé du chien perdu, au bleu radieux.
C’est tout ce qu’on trouvera de religieux au film, titre et pendentif donnant épaisseur au seul souvenir de la mère disparue. La musique puis la lumière s’allongent en étendues nouvelles, entrent le hip-hop d’un barbecue avec micro amplifié, le r’n’b du couple de Stacey et Shane, le temps d’un slow, d’un amour l’après-midi, d’une émotion d’enfance qui submerge. Les ciels s’ensoleillent – et il est très fordien de voir comme un peu plus de lumière, éclaircies, couchants ou fausses teintes, métamorphosent le monde instantanément. Au cœur de Christy and His Brother, la question est celle de l’accueil réservé : le feu et le foyer, ce qui réchauffe et assemble. Le feu de joie et la lueur au fond des yeux de tous ces «Nories», forment un film changeant comme ses ciels irlandais illuminant la communauté.



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